A quoi tenons-nous? Le moment du soin...
10.06.2010 - 21:00
Être ou ne pas être “care” : ainsi pourrait se formuler l’une des questions politiques majeures de ce printemps. Vous avez dit “care” ? En anglais, le mot signifie soin (Take care of you ! : Prenez soin de vous !), attention (Take care !), mais aussi souci des autres, sollicitude, penchant à prendre soin d’autrui, à veiller sur lui. Bref, c’est un mot qui a plusieurs sens. À l’université, parmi les associations, dans les partis politiques, il est le signe de ralliement d’un vaste courant de philosophie morale et politique. Née aux États-Unis il y a déjà vingt-cinq ans, cette école, qui privilégie le “souci des autres” sur la réflexion philosophique classique consacrée à la justice, débarque aujourd’hui en France. On réédite en poche Une voix différente, l’ouvrage fondateur de l’Américaine Carol Gilligan qui a lancé ce mouvement en 1982.
On commente à loisir le livre de Joan Tronto traduit en français en 2009 sous le titre : Un monde vulnérable. Pour une politique du care.
Des revues, telle celle du MAUSS, s’emparent du sujet remis au goût du jour par la crise économique et sociale. Et au vu du nombre de livres qui paraissent et de colloques dont on édite les actes, il y a fort à parier que la philosophie du soin prenne son envol. L’éthique du soin n’est pas un effet de mode. Elle est une pensée en pleine métamorphose; et il serait ridicule de la réduire à la vision d’un capitalisme compassionnel, à l’image de celle de Bill Clinton dans « Giving » paru en 2007.
La philosophie du soin retrouve les enjeux fondamentaux de la vie humaine. Elle retrouve aussi une idée globale de l'histoire et tente de répondre aux besoins des vies vulnérables. Nous avons invité deux auteurs, Frédéric Worms et Fabienne Brugère, férus en "politique du care", pour en discuter...
Thèmes : Idées| Philosophie
Documents
Le moment du soin Frédéric Worms Ed : PUF, 2010


